Satané col

161 CARPENTIER Antoine – MERGUI Mickael – REDMAN

Alors qu’elle évolue, ce mercredi, à une centaine de milles au large du cap Finisterre, la flotte de la 8e édition de la Les Sables – Horta – Les Sables a, comme on s’y attendait, de nouveau nettement ralenti la cadence depuis ce matin. En cause, un col barométrique planté pile-poil sur sa route. Cette zone de calmes, qui sépare deux systèmes anticycloniques, ne simplifie évidemment pas la tâche des duos qui tentent de trouver le meilleur passage pour la traverser. Pour l’heure, à ce petit jeu, Antoine Carpentier et Mikaël Mergui semblent plutôt bien inspirés puisqu’après avoir compté jusqu’à 6,8 milles de retard sur Axel Trehin et Frédéric Denis au lever du jour, ils ont inversé la tendance et caracolent désormais en tête avec un bonus de 4,8 milles. « On avance au gré des nuages », a commenté le skipper de Redman, bien conscient que dans ce type de situation aléatoire, la réussite fait aussi partie du match. Reste que si lui et son acolyte tirent impeccablement leur épingle du jeu depuis ce matin, ils sont par ailleurs confrontés à une fuite d’eau par le presse-étoupe (endroit par lequel l’arbre d’hélice sort de vers l’extérieur du bateau). « On a dû vider 50 litres d’eau en seulement quelques heures ! On a essayé de limiter la fuite, ce qu’on a réussi à faire, mais dès qu’on allume le moteur pour recharger les batteries, la fuite recommence… », détaille le Trinitain qui, tout comme son concurrent direct Project Rescue Ocean, compte plus de 30 milles d’avance sur le gros du peloton, lui aussi empêtré dans cette zone de mélasse. « On savait que la traversée de cette dorsale aurait un petit effet loterie. On est en plein dedans et on voit que les positions des uns et des autres évoluent pratiquement à chaque pointage. La bande du col n’est pas énorme, mais elle s’étale malgré tout sur une quarantaine de milles. Tous les bateaux vont donc rester bien tanqués une bonne partie de l’après-midi », assure Denis Hugues. « Une fois cette zone délicate derrière eux, les marins y verront un peu plus clair et pourront commencer à envisager la manière dont ils vont aborder l’atterrissage sur les Açores », ajoute le Directeur de course, rappelant qu’à l’arrière de cette fameuse dorsale, les duos vont récupérer un flux de secteur sud relativement soutenu qui va progressivement s’orienter au sud-est. « La route de Horta n’est décidément pas simple ! », constate Luke Berry qui vient tout juste de terminer la réparation de son spi. « La vie s’annonce penchée dans le bateau lors de ces prochains jours. Une fois cette transition compliquée passée, ça va être reaching puis près, près, près… », détaille le skipper de Lamotte Module Création qui va, de fait, se retrouver avec le vent dans le nez à partir de demain soir et potentiellement affronter des rafales à plus de 30 nœuds. « La météo annonce un temps très perturbé, avec un tas de dépressions secondaires », confirme Ian Lipinski (Crédit Mutuel) « Ça ne va clairement pas ressembler à des vacances ! ». De fait, non. Il va falloir garder les yeux bien ouverts et continuer d’observer avec attention ce que se passe sur l’eau car une dépression actuellement située dans l’ouest des Açores, se déplace et remonte vers le nord tout en prenant de l’ampleur. « La situation en Atlantique nord est perturbée en ce moment. Nous ne sommes pas dans un schéma classique avec un anticyclone des Açores bien en place », détaille Denis Hugues dont les derniers routages laissent envisager un atterrissage sur Horta entre samedi soir et dimanche matin pour les premiers. Des routages qui ont, par ailleurs, bien évolué depuis hier, laissant désormais entrevoir un écart de près de 24 heures aux abords de l’archipel portugais entre les leaders et le tandem Jonas Gerckens – Benoît Hantzperg (Volvo) décalé à plus de 160 milles au nord par rapport au reste de la meute. La route est toutefois encore longue. C’est d’ailleurs ce que rappelait à juste titre Pierre Casenave – Péré ce matin, après avoir, pour sa part, tenté un coup audacieux à l’intérieur du dispositif de séparation de trafic du cap Finisterre. « On espérait que nos concurrents s’arrêtent au nord-ouest du DST. Bon, ça n’a pas tout à fait été ça puisqu’aujourd’hui on fait un peu de route en travers de la piste », a commenté le jeune skipper de Legallais qui se recale petit à petit dans l’axe du peloton. Un peloton qui ne va donc assurément pas battre des records cette année pour rallier Horta, mais qui pourrait, en revanche, mettre un temps canon pour effectuer la route retour. A suivre.