Nouvelles de bord du 9 juillet

Message de Pierre Casenave-Péré

« Effectivement, comme dit Kevin, belle tranche de vie que cette nuit devant le front. Et je crois qu’on dit bien féérique ! Au final, on a eu du vent très stable jusqu’hier midi avec toujours 20/23 nœuds, on a fait des quarts sous spi medium de tête à la barre, ça déboulait sévère ! Bon, par contre les cirés sont complètement perméables maintenant, mais pas grave, on est sous grand spi depuis le passage du front. Le bateau glisse et la nuit a été plutôt tranquille. Le pansement de la vanne de ballast qui était cassée tient donc. On a même pu s’en servir, si ce n’est pas beau ! On a croisé Stan dans la nuit. Plus de grand spi pour lui… C’est un peu dommage parce qu’on voulait jouer un peu, et le retour sera donc un peu moins fun pour nous. En tous les cas, ça commence à sentir l’arrivée ! On a empanné il y a une heure, avec un autre à suivre en milieu de journée. Plutôt calme comme programme ! »

Message de Franz Bouvet (Yoda)

« Toujours du soleil et du petit temps (moins de 10 nœuds de vent). Dommage de ne pas avoir pu attraper la veine de vent plus au nord. Retour tranquille sous spi. Cette nuit, des dauphins faisaient des traces blanches dans l’eau autour du bateau. Hier, une tortue nageait accrochée dans un truc en plastique. Quel dommage. »

Message de Benoît Hantzperg (Volvo)

« Un grand bravo aux trois premiers qui nous a montré à quel niveau de performance nous devions nous hisser afin d’espérer performer sur les prochaines courses ! Et bravo aussi aux 4e et 5e qui ont fait une très belle course. Pour nous, l’arrivée se rapproche. Il semblerait que ce soit pour demain dans la matinée, à pleine marée basse… Sympa. Hier, c’était super, ça allait vite. On a manœuvré (trois changements de voiles) et ça changeait des trois jours sous gennak depuis Horta. Bon, on est à nouveau sous gennak, mais les milles défilent. Sinon la cohabitation Franco-Belge se passe bien. Jonas me supporte et je n’ai rien cassé pour l’instant. Le bateau est en pleine forme. En dehors d’un Jetboil qui n’est pas loin de la retraite, et des padayes qui se décollent, on n’est pas loin du 100%. »

Message d’Anne Beaugé (Milaï)

« Tout roule à bord du 101.  On a été un peu lents cette nuit, en bâbord. La mer était moins facile à barrer, surtout pour le pilote. Je n’avais jamais vu une nuit aussi noire et du coup, je n’avais jamais vu autant de plancton fluorescent. La crête de chaque vague était verte-blanche. Surréaliste paysage dansant. Quant au sillage, on aurait dit qu’on avait un projecteur sous la coque, façon motor-yacht Saint Trop’. Là, c’est gris. On a entre 18 et 20 nœuds de vent au 243 et on est dans le petit spot de pression. »

Message d’Olivier Delrieu (Vicitan II)

« Tout va très bien (madame la marquise…). Nous ne sommes pas contents de notre pilote, qui nous envoie régulièrement dans les choux. Encore quelques « aulofées » bien pénibles cette nuit. Nous avons déchiré notre grand spi vers 4 heures du matin (de toutes façons, Didier ne l’aimait pas…). Nous sommes donc sous spi médian. Vitesse environ 11 nœuds. Vent du 258° pour 20 nœuds. Le routage reste une source infinie de discussion. »

Message d’Aurélien Ducroz (Crosscall)

« C’est la nuit à bord de Crosscall. Une nuit tranquille et noire, sous spi dans une quinzaine de noeuds  de vent. Une nuit sans changement de voile ni de direction. Une nuit comme nous en avons eu assez peu depuis le départ. Dans cette obscurité, rien d’autre que la phosphorescence du sillage du bateau… et des écrans où s’alignent cartes et chiffres, et qui guident notre trajectoire et notre performance. Sur la carte d’abord, où nous affichons la route à suivre, en fonction du parcours, des prévisions météo et des routages. Mais parmi ces routages, selon les modèles météo pas toujours d’accord, et selon des options de route aux résultats proches, heureusement, c’est l’analyse et le jugement critique des marins qui permettent de trancher. Enfin, quand ce jugement est éclairé, et là c’est la nuit, et des fois il fait nuit de jour ! Sur la carte toujours nous surveillons l’AIS, système permettant de repérer les autres navires et les éventuelles routes de collision, ou de surveiller les performances des concurrents en temps réel s’ils sont assez proches.

Puis il y a les chiffres qui s’affichent un peu partout dans le cockpit et à l’intérieur sur nos tablettes : vitesse du vent, direction du vent, angle du vent avec le bateau, vitesse du bateau, cap du bateau… ça c’est pour la navigation. Et toutes les infos permettant de régler le pilote automatique : cap à suivre ou angle avec le vent à maintenir, complétés sur les pilotes de dernière génération, d’objectifs de gite ou de vitesse à atteindre. Pour se rassurer, on prend la barre, et souvent encore, on fait mieux que le pilote, mais pas toujours, et on fatigue plus vite, mais qu’est-ce qu’il bouffe ?

Puis il y a LE chiffre : le pourcentage de vitesse cible, qui indique en temps réel, le pourcentage de la vitesse théorique optimale du bateau à laquelle nous naviguons : 90%… « au boulot feignasse, règle-moi l’camion »… 105%… « t’es un champion, t’as bien mérité un Pépito ! » La pertinence de cet indicateur tient au travail en amont pour connaître les performances théoriques optimales, travail que nous n’avons pas encore fait. Nous nous basons donc sur des données théoriques… nous avons mangé beaucoup de Pépito… Pour surveiller toutes ces données, même en dormant, il y a les alarmes, en cas de route de collision, de changement de direction ou de force du vent, de vitesse trop basse… Ah oui, il faut une enceinte pour que l’alarme retentisse… Rajoute une ligne sur la joblist ! Voilà, c’est la nuit à bord de Crosscall, une nuit noire, tranquille, un peu fraîche, un peu humide. Je crois que c’est pour ces moments-là qu’on a inventé les nouilles chinoises. »